Depuis le début de la crise, l'argent coule à flots dans les coffres de nos banques. La Suisse rassure et assure
Cet employé d'une banque privée genevoise n'en revient toujours pas. «Tous les jours, nous ouvrons de nouveaux comptes pour des clients étrangers. L'argent afflue de partout.» Par millions de dollars pour cet établissement. Par milliards dans toute la Suisse. Paradoxal alors que les Bourses voient rouge et que les Etats jouent les pompiers pour éteindre l'incendie de la planète finance? Pas vraiment, analyse Hans Geiger, professeur à l'Institut bancaire de l'Université de Zurich. «La Suisse joue son traditionnel rôle d'îlot de sécurité dans la tempête.» Bref, la place financière helvétique est en train d'écrire un nouveau chapitre dans la série «Le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres».
Parce que nos banques sont solides
François Micheloud est un de ces conseillers qui facilitent l'établissement des étrangers en Suisse. Depuis le début de la crise, il reçoit chaque semaine des dizaines d'appels de clients potentiels. Leur question est toujours la même: est-ce que les banques à croix blanche sont solides? «Bien sûr qu'elles le sont», répond immanquablement François Micheloud. «Même UBS qui a connu de grosses difficultés a su réagir à temps en se recapitalisant», ajoute-t-il pour rassurer les indécis. Autre preuve de la solidité de notre système bancaire alors que des dizaines d'établissements mondiaux ont fait faillite ou ont été nationalisés pour ne pas faire banqueroute: Credit Suisse (CS) a attiré au premier semestre plus de 14,4 milliards de francs dans ses caisses, dont une bonne partie de fonds étrangers. Et cette évolution positive devrait se poursuivre cette fin d'année, vient d'annoncer son patron, Brady Dougan. «Nos banques sont en moins mauvais état que les autres parce qu'elles ont su réaliser des amortissements à temps», résume Fredy Hämmerli, fiscaliste. «Et, selon mes prévisions, le pire est derrière elles», complète Hans Geiger.
Parce que notre système politique est stable
«Les grosses fortunes de la planète cherchent la discrétion, le service, mais aussi des garanties politiques», indique François Micheloud. La stabilité et la transparence de nos institutions politiques sont un vrai avantage en cas de crise, abonde Sergio Rossi, professeur d'économie à l'Université de Fribourg avant d'ajouter que «ça serait encore mieux si le Conseil fédéral augmentait de manière illimitée la garantie bancaire en cas de faillite d'un établissement. Cela permettrait d'attirer encore plus de dépôts étrangers dans nos banques.»
Parce que nous sommes indépendants
«Nous bénéficions actuellement de notre indépendance économique, souligne un gestionnaire de fortune. Nous n'avons de comptes à rendre à personne et nous pouvons décider seuls de notre politique financière.» En clair? Heureusement que la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne. «L'UE était une coquille vide dans le domaine financier jusqu'à l'ébauche d'un plan concerté entre les quinze le week-end passé», admet Sergio Rossi.
parce que nos banques ont déjà connu leur crise
«A la différence de nombreux pays, le système bancaire suisse a déjà connu sa crise des subprime», se souvient Hans Geiger. Dans les années 1990, les établissements sont tombés les uns après les autres. Exit la Banque Populaire. Disparue la Société de Banque Suisse. «Plus d'une centaine de banques régionales ont également disparu à cette période, précise Hans Geiger. Une saignée qui rappelle la catastrophe actuelle.» Et, depuis, les banques suisses, à l'exception d'UBS et de CS, se sont montrées très prudentes en matière de risques. Une prudence qui paie aujourd'hui.